Pourquoi je crée ma propre réalité hors du moule ?

Âgé de 23 ans, je décide de donner un sens précis à ma carrière : être free-lance en marketing, communication et digital dans le secteur du vin et la gastronomie, notamment. Un peu long pour une carte de visite. Et surtout un risque accru d’être perçu comme brouillon en faisant autant de choses. Erreur. Léonard de Vinci a été un brillant inventeur (l’idée de l’hélicoptère), mais aussi un peintre merveilleux (La Joconde pour ne citer que cette œuvre), un scientifique de génie (études des turbulences et de l’anatomie humaine), et bien d’autres talents dans divers domaines. La polyvalence n’empêche donc pas la qualité des réalisations. D’autant plus que ce genre de profil est aujourd’hui en plein essor.

Pourquoi je préfère cette situation ?

D’aucuns diront que je suis fou de me lancer dans une telle aventure à mon âge. Il faut cependant savoir que ce choix s’est en fait imposé de lui-même. En effet, après avoir décidé de postuler à des emplois « classiques », je n’ai, malgré avoir été plusieurs fois short listé, pas été retenu. Les motifs évoqués : trop expérimenté donc trop cher ou … pas assez spécialisé. Cela donne en version traduite : « vous ne rentrez pas dans nos petites cases de management vertical où le résultat financier prime sur beaucoup de choses ». La polyvalence dont je parle en introduction n’est donc pas apprécié malgré son apparente attractivité.

J’aimerais également partager une anecdote qui évoque assez bien l’environnement actuel. Lors d’un entretien d’embauche, la discussion en arrive à la partie rémunération. Alors que mon interlocutrice marque une pause dans sa phrase, je la lui termine en parlant de mes « revendications salariales ». C’est alors qu’elle rigole et souligne qu’elle pensait plutôt aux « prétentions salariales ». Sémantiquement la différence est énorme et illustre l’inversion du rapport de force dans ce qui est le marché du travail moderne. En effet, on parle de demandeur d’emploi. Or ces mêmes individus sont en réalités des offreurs de services (de labeur, en effet on dit « labor » en anglais pour parler du travail), en contrepartie d’une rémunération financière. Le contrat de travail est d’ailleurs très récent comparé à l’histoire de l’Humanité car internaliser la force de travail diminuait le coût de transaction.

Et l’humain dans tout ça ?

En effet, encore la majorité des relations professionnelles se font sous la forme d’un échange de compétences contre de l’argent. Mais à l’heure où la robotisation et l’automatisation sont en plein essor, est-il crédible de poursuivre sur ce chemin ? Il semble donc que l’économie basée sur les compétences va laisser sa place à l’économie de l’humain, où la relation entre les individus sera prédominante. De plus les compétences sont aujourd’hui adossées à des Dates Limites de Consommation.

C’est dans ce contexte que le statut d’indépendant prend tout son sens. La flexibilité que procure cette situation permet à l’individu d’opérer ses propres choix et philosophie de vie. Pour ma part, j’attache énormément d’importance à cet aspect humain, au partage de valeur et à vivre des expériences enrichissantes. Tout ceci composant un « package de rémunération » sans réelle valorisation financière, comme le soulignait paradoxalement très bien un célèbre accroche publicitaire : « il y a des choses qui ne s’achètent pas ! »

Non, être indépendant n’est pas plus risqué.

J’ai souvent entendu ces remarques lorsque j’explique ce que je fais : « bravo, tu as du courage » ; « tu as eu de la chance dans ton parcours » ; « tu peux le faire car tu n’as pas ou peu d’engagements » ; etc. Et à moi de répondre : «c’est ce qu’on vous fait croire depuis votre naissance ». En effet, depuis la maternelle on nous apprend à arriver à l’heure en classe, suivre une méthode plutôt que d’innover en essayant d’une autre façon. Comment voulez-vous ne pas être formaté par la suite ? Tout ceci ne résulte que de la peur. Pourtant quand nous avons appris à marcher, nous n’avions pas peur de tomber. Preuve en est, personne ne marche à quatre pattes.

En outre, toute notre consommation occidentale moderne est basée sur ce fameux Graal que représente le CDI : logement, crédits bancaires, statut social. Il est certain que cela ne favorise pas d’en sortir. Toutefois, est-ce que le contrat de travail est vraiment plus sécuritaire que d’être indépendant ? Aujourd’hui où nous entendons sans cesse parler de conjoncture économique difficile, de réformes rendant ce précieux sésame plus facile à rompre. D’autant plus que dans cette situation, l’individu n’a pas vraiment de contrôle sur sa stabilité à la différence d’un indépendant qui pourra toujours agir plus librement pour garantir sa position.

Conclusion

Ainsi, entre les aspects humain, économique, managérial, et j’en passe, il faut être pragmatique et reconnaître qu’être indépendant est de plus en plus indiqué. Ce n’est pas sans raison si aujourd’hui un tiers des travailleurs américains le sont, et seulement 27% d’entre eux le font en cumul d’une activité salariée. Ce choix est d’autant plus fort chez les moins de 35 ans (les fameux Millenials) qui sont 38% à l’être et représentent 60% des indépendants.

Enfin, il est important de constater que le paradigme change et surtout doit changer. L’indépendance et la flexibilité permet une meilleure polyvalence de l’esprit comparé à une situation bornée et contrôlée d’employé. C’est en sortant des sentiers battus que l’Homme opère vraiment son évolution. Ce qu’on appelle communément progrès n’est en fait que l’augmentation de notre bocal de poisson rouge. Ce n’est pas en devenant plus gros que le poisson évolua en amphibien, mais en décidant de sortir de l’eau. Plus proche de nous, c’est en sortant de la jungle et de sa zone de confort, que le chimpanzé est devenu peu à peu Homo Sapiens. Ce qu’illustre d’ailleurs très bien le Mythe de la caverne de Platon. Alors n’attendons plus et emboîtons le pas de la prochaine évolution.

Pour aller plus loin, une infographie sur l’importance et l’essor des free-lances en Europe : https://www.maddyness.com/business/2014/09/04/freelance-hopwork/

Image : Le Parrain, Francis Ford Coppola, 1972

Sources :

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